Athénée Royal de Koekelberg

Langues anciennes

Extrait de l’entretien avec un professeur de langues anciennes de l’Athénée Royal de Koekelberg et publié le 28 septembre 2011 par LE SOIR :

Claire Verly est professeur de latin à l’athénée royal de Koekelberg (Bruxelles). Elle préside l’Association de la Communauté française pour les langues anciennes (l’ACFLA).

  • Globalement, on peut dire que le latin se maintient.

Peut-être parce que les professeurs de latin sont très proactifs. Plus que leurs collègues, ils doivent sans cesse se remettre en question. Je ne connais pas un prof de latin qui ne se batte pas.

  • Bien des gens ont du latin l’image d’un cours terne, poussiéreux.

On oublie ça ! On travaille par projets. On sort – l’an dernier, on a été à Londres, visiter le British Museum. On va à Trèves, à Rome, à l’Archéosite d’Aubechies, etc. Quant à l’Acfla, elle organise des concours, des activités ludiques – une expo, un jeu, un film.

  • Admettons : je suis parent d’un élève. Convainquez-moi de l’inscrire en option latin…

Tout dépend de ce que l’enfant veut faire après le secondaire. A  celui qui veut devenir ingénieur, je vais plutôt lui dire d’aller en maths 8. Mais je conseille latin-grec à tout qui se destine aux sciences humaines – sciences politiques, droit, littérature, langues. Ou latin-maths pour la médecine, la biologie,  etc.

  • Un autre argument ?

L’élève qui a étudié le latin réussit mieux à l’université. Une régente en français que je connais, qui travaillait en moderne, s’est retrouvée un jour avec des élèves de latin : dès mars, elle achevait le programme qu’elle faisait généralement en un an. Des profs de maths me disent que les élèves qui ont fait du latin comprennent mieux un énoncé. 

Il ne faut pas se leurrer : le latin est une matière d’exigence mais elle met énormément de choses en pratique – la mémorisation, l’esprit d’analyse, l’esprit de synthèse, l’esprit critique, la culture…En même temps, on vit dans une société de plus en plus utilitariste. Et beaucoup de gens se disent : le latin n’est pas directement utile. La question de l’utilité du latin date des années 20-30, quand, aux Etats-Unis, on a remis en cause le latin parce que l’on voulait une société moderne, pragmatique.  On me dit : à quoi sert le latin ? Mais pourquoi devrais-je, moi, prouver l’utilité de mon cours alors que 50  % des gens n’utilisent plus la loi d’Ohm sur laquelle j’ai pleuré pendant des mois comme élève ? La loi d’Ohm, c’est utile ? Et les fonctions, les dérivées… Ça ne me sert à rien. Même le néerlandais, dans ma vie de tous les jours, me sert peu. Et moi, je devrais prouver l’utilité du latin ?  On est dans une société qui fonctionne sur l’intellectuel. Alors pourquoi faudrait-il limiter l’accès au savoir ? L’utilitarisme m’agace. On est dans une société où tout savoir sert.

  • L’étude du latin favorise l’apprentissage des autres langues ?

La pratique d’une langue, ça, c’est une chose. Mais au niveau de la connaissance passive d’une langue, le latiniste va plus vite, clairement. A force de traduire, il attrape un «  feeling linguistique  ».

  • On dit volontiers que le latin est une option élitiste. Qu’en pensez-vous ?

Je travaille dans une école multiculturelle. Le latin ne crée pas de ségrégation. C’est même un tremplin social ! En plus, c’est une matière qui, au début du secondaire, démarre à zéro. Tout le monde est à égalité. Il n’y a pas de différence due à la scolarité primaire. Et puis, retournons le propos : pourquoi ne pas rendre le latin obligatoire pour tout le monde en 1e ? Pour moi, ce serait la formule idéale  – une approche du latin au 1er degré du secondaire, pour tous. Tout le monde devrait avoir le droit de goûter au latin !

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